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Lettre 674·XIX, folios : 317 318
Bellièvre, Jean de, seigneur d’Hautefort, troisième président au parlement du Dauphiné
M. de Gordes
Lettre non liée
Date non renseignée
Beaucaire
Grenoble
,

Transcription

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Monseigneur, je vous escrivis dernièrement d’Avignon par commandement
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de monseigneur le marechal comme il vous avoit escrit à la requeste de monsieur de
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Suse que vous voulussiés doner le commandement des compagnies
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de Daufiné à son fils, à ce que vous proveussiés et pensissiés ce
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qu’il vous plairoit et seroit plus à propos. J’addressay la lettre à
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monsieur d’Ourches par le moyen de monsieur du Teil qui luy envoyoyt
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son laquais. Depuis, j’ay receu vos lettres des Xe et XIIIe de ce moys
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par où je veoys que monseigneur le prince daufin vous veut ouster de
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ceste peine. Mais nous craignons que cela apporte longueur à
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la levée et que les compagnies n’en seront pas si belles, mesmes
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s’il envoye des gens qui ne soyent du pays ou que n’y ayent crédit,
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dont mondit seigneur le marechal est bien marry. Quant à monsieur de Montbrun,
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il vous a aussi mandé les advertissements et lettres qui luy en ont esté mandées.
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Cela a esté cause que, ayant trouvé en Avignon monsieur de Rochefort
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son cousin, je m’advisay de luy faire une bonne recharge à ce que, pour
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éviter toutes soupsons et calumnies, il ne se laisse approcher ces gens-là
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ny chose qui viennent d’eux et que sy luy en tumbe aucun en
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main, il les remecte en justice. Quant aux advis de Grane
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et autres, mondit seigneur le mareschal, vous et moy eussions fait un papct.
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Après plusieurs allées, venues, plainctes, bravades et déguysements,
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monseigneur le mareschal a déclaré que monsieur le comte de Grignan mectra au
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château un gentilhomme catholique, bon et asseuré serviteur du roy, avec semblable
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nombre de souldas qu’il y a de présent pour la garde
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dudit château, au despens des subjects du comté, le quel
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gentilhomme sera nommé à monsieur de Carcès pour estre
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par luy approuvé s’il le merite ; et vous promets que j’ay deshormais
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honte d’en ennuyer si souvent ce bon seigneur. Dieu vueille que n’y faille
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plus retourner. Au surplus, Monseigneur, j’ay depuis
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receu une lettre de mon frère qui me chausse fort les esperons
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par laquelle il me fait sentir le prejudice que ce luy sera et
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incommodité à moy si, pour mon attente, son retour est retardé, dont il
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cuyde diviner quelques occasions ; qui me mect en toute la peine du
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monde, car je crains plus et auroys plus de regret de luy prejudicier
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qu’à moy mesmes, de sorte que j’ay fait une recharge à monseigneur de
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[v] Morvillier à ce que me soit au plus tost mandé ce que
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j’ay à faire, et si en toutes sortes j’ay à y aller,
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que me soit mandé plus tost que tard. Si je ne vous veoy
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si tost, je vous escriray par le premier d’un discours de monsieur
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de Suse et dispute que nous avons eue en bonne compagnie,
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vous en estiés le subject, où monseigneur le maréchal se
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monstra fort affectionné à vous. Quant au fait de monsieur
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d’Ourche, j’en suis en toute la peine du monde
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si esperè-je que nous en viendrons à bout et par mesme
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moyen de l’assignation de messieurs le président de Portes,
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de Bouqueron et Bouffin, et me promecttent que n’y
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aura que l’attente ; je vous promects que si se fust
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esté pour moy, j’eusse plus tost escrit dix
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lettres à la court que de leur parler, prier et protester
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si fort et si souvent, mais il faut supporter
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ces supercheries pour les amys.
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Monseigneur, je me recommande très humblement à votre
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bone grâce et supplie Notre Seigneur qu’il vous done
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en toute prospérité très longue et heureuse
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vie. De Beaucaire, le XXIIe
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jour de decembre.
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Votre très humble et très obéissant
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serviteur. Bellievre
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Madame de Gordes et monsieur de
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La Roche verront icy s’il leur plait
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mes semblables recommandations
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[318] Monseigneur le maréchal est en peine de recouvrer de bons canoniers, il vous plaira mander si vous en scavés en Daulphiné ou en Savoye, où il me semble qu’il y en a communemment davantage.